Sarkozy Superstar… Quand la politique devient spectacle

Nous connaissions tous la propension de notre président à utiliser les médias comme un véritable chef d’Orchestre.
Malgré les récriminations de certains journalistes « engagés » qui clament leurs besoins d’indépendance comme d’autres leurs besoins d’amour, Nicolas Sarkozy a toujours su contrôler son image, et mieux encore, comprendre ce que veulent les Français.
En fin stratège, il est l’un des premiers à réaliser que la principale fenêtre ouverte sur la politique en France est la télévision. De droite ou de gauche, la bataille médiatique s’est engagée et est, pour l’instant, gagnée par celui qui a apporté en France une nouvelle façon de faire de la politique, calquée sur le modèle américain.
Les luttes idéologiques ne se mènent plus dans les universités d’été et autres éditoriaux d’une presse toujours plus en difficulté, mais en prime time, et en gros plan.
Après les débats existentiels sur les tenues de Ségolène Royal ou de Roselyne Bachelot, nous pouvions croire que nous avions atteint le degré zéro de la réflexion politique en France, et bien je suis heureuse de vous annoncer que non !!
Régulièrement acteur de ses propres mises en scènes, Nicolas Sarkozy nous avait habitué à cette nouvelle ère du pouvoir exécutif ubiquiste, mais depuis mardi dernier, une nouvelle étape a été franchie.
France 2, Service public, nous a offert une soirée inédite où information flirte dangereusement avec propagande.
Human Bomb, car c’est sous ce nom mélodramatique que ce docu-fiction a été présenté aux téléspectateurs, retrace la journée d’enfer d’une école maternelle de Neuilly prise en otage par un forcené.
À l’heure de la télé réalité, doit-on considérer que tout sujet est prétexte à spectacle et à divertissement ?
Dans ce programme à la légitimité discutable, on peut voir un ersatz de Nicolas Sarkozy, caricaturé par un acteur dépassé par son rôle de Maire qui ne connaît ni la peur, ni le doute.
On nous y offre une prestation dodelinante (Mouvement de tête très caractéristique de qui vous savez !) à mi-chemin entre Jack Bauer et Oui Oui.
Le paroxysme émotionnel est atteint lorsque, n’écoutant que son courage le succédané de Sarkozy négocie la libération des enfants comme un marchand de tapis en fin de stock : « Le petit noir là-bas, donnez- moi le petit noir, il est même pas français !! … Je veux sortir avec un enfant dans chaque bras … »
Loin de moi l’idée de critiquer la méthode, qui s’est d’ailleurs avérée satisfaisante au vu des événements, mais qu’en est-il des motivations réelles de celui qui allait devenir notre président ?
En ces heures dramatiques, Le maire de Neuilly a-t-il profité de cette exposition médiatique inespérée pour jouer ses plus belles cartes ??
Sauver un enfant noir dans une école bourgeoise où les enfants de ses conseillers sont scolarisés ne mérite donc pas la première de couverture ?? Pour paraphraser notre chef d’état, je dirais que « Tout est possible ».
Mais que les plus grands sceptiques se rassurent, à en croire Médiamétrie, l’audience de Human Bomb n’a pas explosé l’audimat et ce n’est sûrement pas pour demain que nous verrons en prime « Jospin, l’histoire d’un échec » ou « Chirac, la grande illusion ».
Ouf !!

Good bye Jacques

La semaine dernière, celui qui régnait en maître sur les dimanches télévisés de notre enfance a tiré sa révérence. Jacques Martin s’est éteint et laisse derrière lui une multitude d’images d’archives digne du meilleur best of des « enfants de la télé ».

Il aurait aimé nous faire rêver, comme ses idoles Fred Astaire ou Dean Martin, mais il nous aura fait rire avec son art délicat de la galéjade, son esprit cynique et généreux.
Après des débuts à la radio marquants et remarqués aux côtés de son acolyte Jean Yanne, Pierre Tchernia l’invite à le rejoindre à la télé sans imaginer qu’il allait devenir la référence télévisuelle de toute une génération.
Si les plus jeunes d’entre nous se souviennent de lui, en maître de cérémonie tendre et hâbleur de l’Ecole des Fans, la majeure partie de sa carrière s’est construite sous des hospices bien moins consensuels.
Véritable garnement de l’audiovisuel, il n’aura de cesse d’offrir à la France, anesthésiée par des programmes indolents, ce subtil mélange de provocation, d’humour potache et de tendresse dont la France a cruellement besoin après 20 ans de règne de la droite conservatrice.
Lorsqu’il crée le, désormais cultissime, Petit Rapporteur, avec ses copains Pierre Desproges, Daniel Prevost, Stéphane Collaro et Pierre Bont, il ne se doute pas que le scandale gronde déjà aux portes du studio.
Commence, pour un temps seulement, le règne de l’irrévérence et du Second degré, car déjà, les majorités bien pensantes se sentent heurtées par le ton décalé et impertinent de nos joyeux drilles. Politiques, religion, actualités, la joyeuse bande de copains fait feu de tout bois.
Mais Celui que la presse appelle « l’Abominable Jacques Martin » sera bientôt remercié et obligé de rendre l’antenne aux « empêcheurs de railler en rond ». Censure invisible qui prend l’apparence de la ménagère de moins de cinquante ans.
Haï par certain, adulé par d’autres, il est bien trop intelligent pour se laisser museler, il reviendra sur le petit écran dans diverses émissions empruntes de fantaisie, d’insolence et de spectacles – L’autre passion de sa vie.

A l’heure du politiquement correcte, de l’humour sous surveillance et du trash comedy, les pamphlets contestataires et ironiques que Jacques Martin et « sa bande » nous livraient il y a déjà 30 ans resteront dans nos mémoires comme un accessoire vintage dont on ne veut pas se séparer.