Notre revue de presse, retrouvez l’article que nous avons sélectionné, ici un sujet pour les femmes du media Vives: Avoir de la chance, ça s’apprend ?

1. Ce que je croyais avant par Catherine Laurent

Avant, je pensais qu’il y avait les chanceux et les autres. Je voyais bien qu’il y avait autour de moi des personnes qui attiraient régulièrement la chance, qui semblaient trouver des solutions à de nombreuses situations sans avoir besoin de faire beaucoup d’efforts. Le monde se divisaient en deux catégories : les galériens du mérite (moi), et ceux qui savaient surfer la vie (les chanceux). Je trouvais ça absolument enviable et je pensais qu’il s’agissait d’un karma, d’un alignement spécifique de bonnes étoiles au-dessus de leur tête : la chance, on l’avait ou on ne l’avait pas. C’était stylé.

Certes, j’avais de la chance comme tout le monde, de temps en temps. Mais pas, selon moi, comme « les chanceux » : vraiment souvent. Un peu comme s’ils étaient connectés à une source.

Et puis un livre m’a ouvert les yeux : avoir souvent de la chance n’est pas tout à fait un hasard, c’est une autre façon d’être au monde. Et à partir de là, comme dirait Nicolas Sarkozy, « j’ai changé ».

2. Ce que j’ai découvert

Nous en avons tous été témoins, certains ont plus de chance que d’autres. Or, ce ne sont pas leurs bonnes fées qui sont à l’œuvre, mais une authentique compétence de vie.

D’ailleurs, le langage courant dit quelque chose de ce rôle actif que nous avons à jouer dans l’émergence de la chance : on parle de provoquer sa chance, de créer sa chance, de saisir sa chance. Et même d’« imposer sa chance », comme le suggère René Char dans son célèbre aphorisme : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. »

Être chanceux, c’est d’abord un positionnement face à la vie, qui peut contredire certaines de nos croyances héritées. Dans « Eloge de la chance », Philippe Gabilliet explique que le terreau favorable à la chance se nourrit de trois comportements :

La chance sourit à ceux qui sont pas perfectionnistes. J’ai longtemps eu le syndrome de la bonne élève : focalisée sur mon objectif, je pensais qu’il n’y avait qu’une seule bonne façon d’atteindre mon but et je ne ménageais pas mes efforts. Si concentrée que j’en avais presque des œillères, je ne risquais pas de voir passer la chance d’y arriver autrement et plus facilement, par une rencontre, une nouvelle idée qu’on me soufflerait, un coup de main fortuit. Car la chance est comme un grain de sable dans l’engrenage : avec les personnalités scolaires, les schémas mentaux obtus et les plans d’action préétablis, elle ne trouve pas de brèche où s’engouffrer. La chance est un dialogue constant avec l’environnement, avec ce qu’il peut se passer : elle se présente à ceux qui sont ouverts aux opportunités, prêts à improviser et à emprunter les chemins de traverse. Quand tout est réglé comme du papier à musique, la chance n’a aucune chance d’intercéder.

Les chanceux ont de la malchance mais ils savent la recycler. Ils ne se laissent pas définir par la déveine et les accidents de parcours. Ils en éprouvent aussi de la contrariété mais font en sorte de la digérer rapidement pour la laisser glisser sans s’appesantir. Ils pensent même qu’une malchance peut être l’engrais de la chance. Au lieu de ruminer, ils programment leur esprit sur le mode résilience et rebond et quittent la case « poisse » au plus vite.

On nous enseigne parfois qu’il ne faut compter que sur soi, mais les chanceux savent qu’ils ont besoin des autres pour réussir. Ils n’ont pas cet orgueil qui les disposent à vouloir tout faire tout seuls. Ils savent qu’ils y arriveront mieux grâce à ceux qui les entourent et s’attendent à avoir des interactions fructueuses avec autrui. Ils n’hésitent pas à faire savoir leurs demandes et à accueillir celles des autres. Bye bye orgueil et fierté, bonjour entraide et échange de bons procédés.

Se mettre en position de chance est donc une forme de « soft skill », de savoir-être. Mais il y a aussi un savoir-faire et quelques bonnes pratiques à appliquer…

3. Ce que j’ai appris à faire

L’auteur du livre rapporte une anecdote édifiante. Ministre des relations extérieures de Napoléon, Talleyrand s’apprêtait à confier un poste diplomatique important à un aristocrate. Celui-ci, ému, lui aurait avoué qu’il était d’autant plus reconnaissant qu’il n’avait jamais eu de chance jusque-là. C’était comme se tirer une balle dans le pied. Car Talleyrand lui aurait répondu : « Vous n’avez pas de chance ? Alors tant pis, Monsieur, tant pis, il n’y a donc rien de fait. Car en politique voyez-vous, il faut être heureux, et donc avoir de la chance. Voudriez-vous que je tente la mienne avec un malchanceux ? Non, décidément il m’est impossible de confier un poste pareil à quelqu’un qui n’a pas de chance. »

Avoir de la chance, c’est accepter de croire en soi et en des résultats favorables, et cultiver l’intelligence de situation. Si vous n’avez pas confiance en vous, ne le faites pas savoir, simulez ! Car la chance fonctionne comme une prophétie auto-réalisatrice. Plus on pense qu’on en a, plus on risque d’en avoir !

Née de l’intelligence de situation, la chance surgit aussi de l’intelligence des possibles, ceux que recèle la vie quotidienne : les rencontres prometteuses, les informations clés, les demandes ou propositions inattendues (emplois, conseils, mises en relation). Avoir de la chance, c’est savoir identifier les opportunités en lien avec le désir qui nous anime et les saisir sans craindre l’échec ou le rejet. Qui ne tente rien n’a rien.

4. Ma citation-mantra

Ces attitudes sont comme des fertilisateurs de chance. Une citation du livre les résume et me reste en tête :

« Pour l’homme courageux, chance et malchance sont comme sa main droite et sa main gauche. Il tire parti de l’une comme de l’autre » disait Catherine de Sienne.

La malchance fait partie de la vie, y compris des chanceux. On ne sait pas d’emblée ce qui relie les choses entre elles, et la malchance peut tout à fait mener à la chance.

5. Ce que ça a changé dans ma vie

Depuis 10 ans, je mets en application les enseignements de ce livre quand j’en ai besoin, dans mon travail ou dans ma vie personnelle.

Il y a quelques années, j’ai accepté un poste dans un environnement professionnel qui s’est avéré toxique. J’en ai été affectée mais j’ai pensé au principe du recyclage de la malchance : j’ai décidé de partir et de tourner la page au plus vite en me persuadant que cette erreur allait m’aider à mieux analyser le contexte la fois d’après. C’est ce qu’il s’est passé : plus vigilante, j’ai trouvé ensuite la place où m’épanouir.

Quand je suis partie vivre à Marseille pendant un an, je n’avais que dix jours pour trouver un appartement. J’avais repéré un immeuble dans le quartier qui me plaisait. Un jour, je me suis postée devant… et une jeune femme est entrée dans la résidence. J’ai hésité et me suis permise de l’aborder, lui demandant simplement s’il était agréable d’habiter là. Elle allait justement s’occuper de l’appartement que ses parents mettaient en location… Elle me l’a fait visiter sur le champ et j’ai découvert avec sidération que c’était exactement ce que je cherchais !

J’avais osé adresser la parole à une inconnue qui s’est révélée, comme le disent joliment les Anglo-Saxons, un « angel in disguise » : un ange déguisé qui allait m’apporter ce que j’espérais.

Alors, prête à trouver votre ange déguisé et à donner une chance à la chance ?

« Eloge de la chance » de Philippe Gabilliet, 160 pages, éditions J’ai Lu, 6,50€.

Illustration : un grand merci à Louise de Lavilletlesnuages

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